Cérémonie du 5 juin 2009 au Carré de Choux

« La Bataille du Carré de Choux »

En cette nuit du 5 au 6 juin 1944, les 6600 parachutistes de la 101ème Airborne, commandés par le Général Taylor, ont pour mission de prendre Carentan choisie par l’Etat Major allié comme point de jonction des troupes américaines débarquées à Utah-Beach et à Omaha-Beach.

 

Les témoins de cette nuit surréaliste se souviennent de ces ombres silencieuses descendant du ciel au milieu de nos marais inondés.

 

Dés avant l’aube, les 250 hommes du Colonel Johnson ont pris d’assaut l’Ecluse de la Barquette. « Ce coin de l’enfer », c’est ainsi qu’ils l’ont surnommé, ils vont le défendre et le tenir sans faillir jusqu’à ce qu’on les relève.

 

Mais la bataille pour Carentan va durer six jours encore. Au Nord, les soldats de la 101 ème sont entrés dans  Saint-Côme du Mont  le 8 juin.  Au Nord-Est, les communes de Brévands, de Catz, de Saint Pellerin sont libérées le 10. La pression sur Carentan se fait de plus en plus forte mais la ville va être âprement défendue par le 6 ème  Régiment allemand de parachutistes du Major Von der Heyte

 

De part et d’autre de la RN 13, entre St Côme du Mont et Carentan, les marais ont été artificiellement inondés, empêchant  tout déploiement. Dés lors, les hommes du Colonel Cole sont contraints de progresser en file indienne en empruntant le contre bas de la chaussée sous un feu meurtrier. Depuis St Côme du Mont et malgré l’intensité de la mitraille, les ponts sur la Jourdan, la Groult,  la Douve et  la Madeleine sont pris un à un  entre le 8 et le 10 juin au prix de lourdes pertes.

 

Au petit matin du 11 juin, les combats s’intensifient aux portes de la cité. le plan américain a prévu  de prendre la ville en la contournant par l’ouest. Le but est  de rejoindre la colline 30 située au sud de la ferme de la Billonerie, et d’y faire la jonction avec les troupes qui sont en train de la contourner par Saint-Hilaire Petitville, au Nord Est.

 

 Dés lors la ferme Ingouf, seule bâtisse à la droite du marais de Pommenauque, devient un objectif majeur d’autant que les parachutistes allemands semblent y avoir installé solidement leur défense. L’artillerie américaine a beau concentrer ses tirs sur le secteur, rien ne semble arrêter la détermination des « Diables verts » allemands. Les hommes du  Colonel  Cole sont cloués au sol sous la mitraille et les tirs de mortier en ces lieux où nous sommes rassemblés. Ces lieux où s’étalent alors des jardins ouvriers bordés de haies : on y cultive des choux à haute tige.

 

 

A 6h15, après un tir d’encadrement de l’artillerie américaine, accompagné de fumigènes,  le Colonel Cole décide d’en finir et ordonne, à partir de l’un de ces Carré de choux , une charge à la baïonnette sur la position allemande. C’est le Commandant Stopka qui va conduire cette charge héroïque à la tête de ses  hommes, lesquels emportent la position alors que l’ennemi s’est retiré pour se conforter  plus à l’ouest. Le répit est de courte durée et de furieux combats  s’engagent laissant morts et blessés sur le terrain. Vers midi une trêve s’installe, à la demande  de l’Etat Major de la 10 ème Airborne. Pendant cette surprenante accalmie, Américains et Allemands  enlèvent des lignes leurs blessés et leurs morts. Puis les combats reprennent, avec une rare intensité.

 

  Un moment, les hommes de Von der Heyte semblent prendre l’avantage. Ils se glissent le long des haies, dans un terrain qu’ils connaissent parfaitement, et tentent à plusieurs reprises de franchir la RN 13, vers Blactot, mais en vain. Partout gisent agonisants  et blessés sans que l’on puisse leur porter secours. Vers 18h30 la position est devenue tellement intenable que le Colonel Cole songe au repli. L’artillerie ayant pu être enfin alertée mobilise alors ses canons sur les positions ennemies. Le tir est si court et si meurtrier que les « Diables verts »finissent par abandonner le terrain pour  se replier vers le sud. Dés lors l’encerclement de la ville peut se poursuivre. Au soir du 11 juin, alors que Saint-Hilaire Petitville, à l’Est est prise, les pertes sont si lourdes que les hommes de Cole doivent être relevés par leurs compagnons du 6 ème bataillon qui achèveront l’encerclement. Vers 8 heures au matin du 12 juin Les  soldats de la 101e  entrent dans la ville désertée par les allemands, lesquels ont essuyé de très lourdes pertes et se sont retirés vers Beaumont et Rougeval, à l’Ouest.

 

  Ce même jour nos compatriotes des Veys ont retrouvé la liberté. Le 13 juin, alors que Carentan subit une contre attaque allemande, les communes de Baupte et Appeville sont libérées à leur tour. Puis ce sera Auvers le 14 juin. Le front va ensuite se stabiliser pendant plus d’un mois. Un mois au cours duquel Carentan va demeurer sous les tirs des obus allemands. Les habitants de Méautis devront attendre le 6 juillet avant leur retour à la liberté. Ceux de Saint Georges de Bohon libérée le 7 juillet comme ceux de Saint-André libérée le 12 n’auront pas la joie de célébrer leur libération le jour même alors qu’ils ont été contraints d’évacuer dans les jours précédents. Sainteny, libérée le 14 juillet,  ne célébrera pas la fête nationale : les saintignais eux aussi ont dû fuir leur commune qu’ils retrouveront entièrement rasés à leur retour d’exode !

 

Dans la bataille de Carentan 70 civils ont perdu la vie. Lors  de la prise de la ville, du 6 au 12 juin  et dans la lutte pour  sa défense, du 13 juin à la mi juillet, la 10 ème Airborne a perdu 3500 hommes : prés de la moitié de ses effectifs. Ce  sera son plus dur combat sur le sol de France. Après la bataille de Carentan ce prestigieux Régiment sera rapatrié en  Angleterre où il devra être reconstitué pour de nouveaux parachutages et de nouveaux combats en Belgique et en Hollande.

 

Ce carré de terre sacrée où nous sommes rassemblés ce soir restera à jamais baigné du sang de ces jeunes hommes venus d’Amérique, fauchés à la fleur de l’âge pour notre liberté : que jamais ne soit oublié leur sacrifice.

 

Louis REGNAULT